La spécialiste en restauration Adélie Chatton, du Café des Avenues à Lausanne, vient d’être élue Championne du Service 2020. Elle est la première romande à remporter ce titre. Rencontre avec une femme pour qui le service de restauration est un véritable art scénique.

 « C’est fou, dingue, hallucinant.» Adélie Chatton n’en revient toujours pas. Mercredi 20 novembre, elle a remporté le Championnat suisse de Service, organisé par la Société professionnelle de la restauration, le plus important concours professionnel dans ce domaine. Les félicitations et la reconnaissance pleuvent, elle est gonflée à bloc. « On ne touche plus terre, c’est magique ».

Une belle histoire
Pour décrocher cette victoire, il lui a fallu quatre mois de travail acharné, en plus de son emploi à 80 %. Son CFC de spécialiste en restauration, elle l’a obtenu il y a tout juste cinq mois, où elle est d’ailleurs sortie parmi les meilleures apprenties du canton de Vaud. Et puis, ce titre de championne arrive un an jour pour jour après son premier cours inter-entreprise. « Il n’y a pas de hasard, l’histoire est trop belle ! »

Une chance pour Adélie, qui aime les histoires. A 18 ans d’ailleurs, cette Franco-Suisse d’origine, mais totalement Lausannoise dans l’âme, partait à Paris pour suivre une école de théâtre. C’est donc en tant que simple job d’étudiante qu’elle a découvert la restauration. Elle ne poursuivra pas la comédie. « Mais je n’exercerais pas aussi bien mon métier aujourd’hui sans ce que m’a appris le théâtre », affirme-t-elle.  « Dans les deux métiers, notre corps est notre outil de travail. Il y a une partie de représentation dans un restaurant, une sorte de spectacle. Les cours d’improvisation m’ont aidée à m’exprimer, ce qui est aussi essentiel pour parler au client et le faire voyager. C’est comme cela que je vois le métier de la restauration : si les gens vont au restaurant plutôt que de manger moins cher chez eux, c’est aussi parce qu’ils viennent y chercher autre chose.»

Battre le fer…
Retour sept ans en arrière. En revenant en Suisse après son intermède parisien, Adélie s’est donc tournée vers la « seule chose qu’elle savait faire » et atterrit au Café des Avenues. « Depuis, j’ai réappris un métier, réalisé que j’aimais vraiment le pratiquer et faire plaisir aux gens. » Mais il lui manquait la légitimité qu’apporte un papier officiel. Lorsqu’elle apprend qu’elle peut faire valider ses acquis en un an grâce à « l’article 32 » et ainsi obtenir son CFC, elle n’hésite pas une seconde.

Et lors de ses promotions, son enseignant, qui deviendra son coach, lui tape sur l’épaule : «Que diriez-vous de participer au Championnat de Service ? » « J’étais en plein dedans, je venais de passer mes examens et je me suis dit : Il faut battre le fer tant qu’il est chaud. C’était un beau challenge», raconte-t-elle. S’en sont suivis quatre mois d’entraînement intensif pour s’exercer aux huit épreuves qui l’attendraient au lors de la compétition, au Salon international de l’hôtellerie et de la gastronomie, à Bâle. « Le but était de connaître son sujet sur le bout des doigts, tout en sachant aussi converser avec le public, expliquer l’origine de certaines choses, comme le nom d’un cocktail par exemple.» Faire voyager, encore.

Aujourd’hui, à trente ans, la reconnaissance est double avec ce titre de Championne qui lui vaut de devenir l’ambassadrice de la Société professionnelle de la restauration durant deux ans. Mais elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : « Cela me motive à continuer à me former, et je vais me lancer dans un brevet fédéral dès janvier. ». Battre le fer tant qu’il est chaud qu’elle disait…

Texte et photo: Joëlle Misson