La présidente des Verts Lausannoise Léonore Porchet dénonce le harcèlement de rue dans la capitale vaudoise. Elle a déposé une interpellation et veut savoir si des mesures existent pour lutter contre ce phénomène. Le reportage du Lausanne Cités démontre toute la réalité du problème.

 

Trente minutes. Il m’a fallu trente petites minutes seulement à déambuler dans les rues lausannoises, à la recherche de femmes susceptibles de répondre à mes questions, pour m’en convaincre: trois regards salaces dont un accompagné d’un « hola ! ». Nous sommes mardi, il est 13 heures sur la Place de l’Europe puis sur la Rue de l’Ale…

 

« Ils nous ont suivis »

Si les expériences diffèrent en fréquence ou en intensité, toutes les femmes interrogées savent bien de quoi il s’agit lorsqu’on leur parle de harcèlement de rue. « Oui bien sûr, ça nous arrive souvent », acquiescent Eva et Léana, 19 et 18 ans. « On se fait siffler, les mecs disent «t’es bonne» ou «t’es charmante tu veux pas venir avec nous ?» » La plupart du temps, c’est en groupe qu’ils agissent. « Quand ils sont seuls, c’est plus discret, comme des regards insistants…» Une fois, les deux jeunes femmes se sont même fait suivre par une bande en camionnette. « Ils se sont arrêtés pour nous parler, et nous avons passé notre chemin. Puis ils nous ont suivi jusque chez nous et trainaient encore devant la maison une fois qu’on était rentrées. On a vraiment eu peur ! »

 

Regina, 33 ans, est barmaid depuis quinze ans à Lausanne. Avec un travail de nuit, elle connaît bien ces situations, même si, comme les autres, elle affirme que ces situations se présentent aussi bien de jour. «Ils me disent «hey baby» ou me font des compliments. Et si je ne réponds pas ils me traitent de salope.» Avec les années, elle a appris à identifier le genre de personne à qui elle a affaire et sait leur répondre. « Pour faire fuir ceux qui ne veulent pas se faire remarquer, je parle fort pour dire de me laisser tranquille. Sinon j’ignore ou je dis bonsoir, non merci.» Cependant, même si ces situations n’ont rien d’agréable, Lausanne n’est pas pire qu’une autre. « A New York, je serais déjà morte ou violée plein de fois ! »

 

Des lieux évités

« Il y a dix ans ici je n’avais pas peur de rentrer seule la nuit chez moi. Aujourd’hui, je trouve que cela a beaucoup changé », avoue Laysa, 28 ans. Maman, elle évite des endroits comme le toit de la Fnac ou la Riponne si elle est avec son enfant. Mais même seule, ces lieux, ainsi que Chauderon et Bel-Air, sont des endroits souvent cités comme étant contournés ou dans lesquels les femmes ne se sentent pas en sécurité.

 

Emilie, 36 ans, habite près de la Riponne. Elle avoue avoir « de plus en plus peur » même si elle n’a jamais été abordée de manière agressive. « Ce sont plutôt des paroles bon enfant, comme «vous êtes jolie» ou des sifflements. Rien à voir avec New York où je me suis déjà fait toucher les fesses dans le métro! »

 

Impensable à Lausanne ? Pas du tout. La mauvaise expérience est déjà arrivée à Margaux, 23 ans, et « à toutes [ses] copines » dans le M2. Elle explique qu’il lui est fréquemment arrivé de se faire traiter de pute sans raison, ou d’être la cible de dragueurs « super lourds » l’invitant, par exemple, à venir dans sa chambre d’hôtel. «Une fois, trois gars bourrés m’ont insultée et plaquée contre un mur. Avant je m’énervais, maintenant j’essaie de rester plus calme parce que j’ai quand même un peu peur. J’ai la haine parce que ce n’est pas normal et on ne peut rien faire. C’est humiliant. »

 

Lire l’interview de Marylène Lieber: « La première cause du harcèlement, c’est le sexisme »

 

Publié dans Lausanne Cités, le 3 février 2016, par Joëlle Misson

 

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