Trois questions à Marylène Lieber, sociologue spécialiste des violences de genre dans l’espace public à l’UNIGE.

 Le harcèlement de rue a-t-il toujours existé ?

Oui. Dans les années 70 déjà, des femmes dénonçaient le fait qu’elles ne pouvaient pas sortir de la même manière que les hommes, qu’ils leur faisaient des remarques, qu’elles avaient peur des agressions, Ce qui est nouveau c’est la ré-émergence de la question comme étant non plus uniquement liée au sexe, mais aussi liée à la race et à la culture.

 

L’immigration en serait-il une cause ?

La première cause, c’est le sexisme encore prégnant dans toutes les sociétés et qui continue à associer le féminin à l’espace privé et le masculin à l’espace public. Le paradoxe, c’est que les violences les plus graves vécues par les femmes le sont dans l’espace privé.

Ensuite, je préfère parler de sexisme dans l’espace public car le harcèlement de rue ramène à un endroit spécifique, la rue, et donc à une catégorie d’hommes spécifique, ceux qui n’ont pas d’emploi par exemple, qui peuvent être aussi des migrants.

 

Peut-on agir ?

Premièrement, il faut que les femmes occupent les espaces publics. Que l’on apprenne davantage aux filles à se défendre et à se battre. Il faut faire attention à ne pas tomber dans le cliché qu’il faut « protéger ces pauvres femmes vulnérables ». Les aménagements urbains n’ont que peu d’incidence sur les pratiques, même si laisser des endroits à l’abandon ou ghettoïser certaines populations met à mal la mixité sociale et de genre, essentielle pour éviter ces situations.

 

Publié dans le Lausanne Cités du 3 février 2016, propos recueillis par Joëlle Misson

 

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