De nombreux films bibliques ou chrétiens sont victimes de la censure dans les pays arabo-musulmans. Mais aussi chez nous.

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Dans « L’Apôtre » de la Française Cheyenne-Marie Carron, Akim (à gauche sur l’image), issu d’une famille musulmane, change de religion et devient chrétien. Le film a été interdit de diffusion dans quelques salles de France après les attentats de janvier.

Akim, jeune musulman appelé à devenir imam, rencontre Jésus-Christ et devient chrétien. Il est alors persécuté par sa famille et ses amis. Voilà le synopsis du film L’Apôtre, de la réalisatrice catholique Cheyenne Caron. Un scénario trop radical ? Ce long-métrage a en tout cas été interdit de projection à Neuilly et à Nantes les 12 et 23 janvier. Les deux séances ont été annulées, la première par la Préfecture de Police, la seconde sur demande de la Direction Générale de la sécurité intérieure. Cette dernière redoutait que le film soit perçu «comme une provocation pour la communauté musulmane» après les attentats survenus à Paris en début d’année.

« Si on se tait par peur, la peur gagne » La réalisatrice s’est indignée: « A ma connaissance, il n’y a aucune menace contre ce film. On anticipe que la terreur peut arriver partout, n’importe où. Si c’est vrai, alors la France va mal. Le combat contre le terrorisme se gagnera par la création, par les films ou la poésie. Mais si on se tait par peur, alors la peur gagne. Si mon film était radical et ne parlait pas de fraternité je comprendrais, mais là non. On vit dans une sale période de fermeture et de peur. » Elle a ajouté que son film pouvait même être un outil de dialogue, « un point de départ pour un rapprochement entre chrétiens et musulmans ». Son long-métrage est effectivement un appel à l’amour et à la tolérance.

Plus loin de chez nous et dans un tout autre contexte, le dernier film de Ridley Scott, Exodus: Gods and Kings a été interdit de diffusion dans trois pays arabes. Ce long-métrage n’est pas le seul film biblique à être concerné par la censure. L’année dernière, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, et Bahreïn avaient réservé le même sort à Noé de Darren Aronofsky. La Passion du Christ (2004, de Mel Gibson) n’a quant à lui jamais posé sa pellicule au Koweït et au Bahreïn.

Le problème de la représentation Mais pourquoi donc cette fixation sur les films qui traitent de la Bible ? La plupart du temps, le problème est celui de la représentation de Dieu ou des prophètes. Le Maroc par exemple avait interdit Exodus car la scène dans laquelle un enfant s’exprime de la part de Dieu a été considérée comme une représentation du divin. Les Emirats-Arabes Unis y ont pointé du doigt des « erreurs religieuses et historiques » tout comme l’Egypte. La Passion du Christ avait été interdit car l’islam prohibe la représentation des prophètes. Et Jésus en fait partie.

De petits arrangements sont néanmoins possibles, parfois au prix de la liberté artistique. Le Maroc a finalement autorisé la diffusion d’Exodus après que producteur et réalisateur ont accepté de supprimer deux passages sonores s’apparentant à une personnification divine. L’Egypte et le Liban ont accepté la diffusion de Noé à condition de publier un message d’ouverture indiquant que le film est sans lien avec la foi islamique.

Et ce sont parfois les chrétiens aux-mêmes qui demandent des arrangements. Pour Noé, l’avertissement qui apparaît sous nos latitudes – qui relate les «libertés artistiques» prises pour le long-métrage – a été demandé par une association de confession chrétienne aux USA.

Mais les censures prennent aussi des tournures plus anecdotiques. Sorti en 2014 aux Etats-Unis, Son of God s’est vu auto-censuré une scène par les producteurs avant sa sortie officielle. La raison: plusieurs spectateurs avaient trouvé une ressemblance, fortuite, entre celui qui incarne Satan et… Barack Obama. Ou comme qui dirait: God save the President.

Publié dans le Christianisme Aujourd’hui, mars 2015

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