Pour la majorité des couples pratiquants, la question ne se pose pas: il est normal d’aller dans la même église. Pourtant, à un moment ou un autre, l’interrogation «doit-on obligatoirement se rendre dans le même lieu de culte ?» peut surgir.

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Pour le conseiller conjugal Christian Reichel, fréquenter la même église est préférable pour des questions de construction commune. Certains couples arrivent néanmoins à trouver des arrangements et cela représente aussi un enrichissement. Photo: WIX

 

Corinne et son mari ont débuté leur vie de couple en allant dans la même église catholique. «Cela coulait de source», raconte Corinne. Mais au fil du temps, elle ne se sent plus à l’aise dans cette communauté. Elle tente pendant un temps d’y rester et de s’impliquer «mais j’ai dû accepter que ma place était ailleurs». Elle annonce à son mari qu’elle se met à la recherche d’une église évangélique. «Il n’a pas compris pourquoi mais ne s’y est pas opposé. Aujourd’hui, je lui suis très reconnaissante de m’avoir laissé la liberté de rejoindre l’église qui me correspondait.»

Une perspective commune
On peut dire que Corinne et son mari sont des exceptions. Dans l’idéal, le conseiller conjugal Christian Reichel estime préférable qu’un couple fréquente la même communauté. Pour différentes raisons: «On développe une vie communautaire et spirituelle ainsi qu’une approche de la foi différentes selon les églises.» En fréquentant le même lieu de culte, les conjoints avancent sur une même lignée, dans une perspective commune. Même si Corinne est satisfaite ainsi, cette mère de famille ne cache pas qu’elle a «toujours le souhait que nous puissions cheminer dans la même communauté. Mais actuellement ce n’est pas le cas. C’est important que mon mari aussi se sente à la bonne place.»

Au début de la vie de couple, si chaque partenaire vient d’une église différente, il paraît souhaitable que le couple parvienne à trouver ensemble celle qu’ils vont fréquenter. Soit l’église de l’un ou l’autre si cela convient aux deux, soit – encore mieux – choisir une autre communauté ensemble. Ainsi, cette dernière sera «neutre» et s’inscrira dans un projet commun.

Si nous venons de milieux différents…
La réflexion peut devenir plus complexe dans les cas où les partenaires sont issus de milieux confessionnels différents. «Si le couple a pris le temps de trouver un accord sur l’appartenance religieuse de chacun et qu’il y a de la tolérance, on peut imaginer que chacun continue à se rendre dans son église.» Avec la visite régulière de l’autre dans sa communauté. C’est la solution qu’ont choisie Corinne et son mari après qu’elle a rejoint une église évangélique. Leurs deux filles accompagnent généralement Corinne mais elles suivent aussi le catéchisme, et quelques messes, à l’église catholique. «Le côté positif, c’est que ça leur permet de garder une ouverture, sans juger ou critiquer. Nous sommes aussi plus sensibles à l’aspect oecuménique.» Le côté négatif, c’est de «ne pas pouvoir tout partager en famille».

Besoin de connivence…
Cependant, et au risque de paraître pessimiste, Christian Reichel avoue que cela se passe rarement aussi simplement. «La plupart du temps, l’un va être tiré vers le milieu de l’autre, souvent le moins engagé vers le plus engagé». Le risque, c’est que celui qui se fait «aspirer» se rende dans l’Eglise de son conjoint sans véritablement participer à la vie communautaire. «Il manque alors de réciprocité et de connivence sur le plan spirituel et ecclésial»

…et de persévérance
«Il faut beaucoup de persévérance, d’engagement et de tolérance pour tenir sur la durée en n’allant pas dans la même église», poursuit Christian Reichel. Un facteur d’usure peut s’installer, les deux conjoints n’avancent pas au même rythme, les repas communautaires n’ont pas lieu en même temps, les exigences sont différentes. «Ce qui peut arriver, c’est que les deux lâchent complètement». Mais il arrive aussi que l’un ou l’autre soit convaincu du vécu positif de la paroisse de son conjoint et décide, de son propre chef, de le rejoindre.

Corinne reste convaincue que c’est «plus simple et plus constructif» de fréquenter la même église. «Cela fonctionne chez nous car nous nous focalisons sur les aspects qui nous rassemblent et non sur les divisions: nous avons les mêmes valeurs chrétiennes et sommes sur le même chemin mais sous deux formes différentes.»

 

Joëlle Misson

Paru dans le magazine Family février-avril 2015, rubrique « Spiritualité à deux »

Le magazine:
Trimestriel, Family propose des réflexions, des interviews, des idées pratiques et des chroniques d’experts à tous ceux qui souhaitent être encouragés dans leur vie de couple ou de famille ou qui veulent progresser.
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