Chercheur à l’université d’Oxford et auteur du livre « Ethique du changement climatique: une introduction » Dominic Roser explique pourquoi le changement climatique est injuste selon lui et quelle devrait être notre attitude face à ce changement.

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Dominic Roser, chercheur à l’Université d’Oxford et auteur du livre « Ethique du changement climatique: une introduction »

PROPOS RECUEILLIS PAR JOELLE MISSON

En quoi le changement climatique est-il un sujet éthique ?
C’est même l’une des plus grosses questions éthiques de notre temps ! Certaines de nos actions, génératrices de gaz à effet de serre, sont bénéfiques pour nous, mais néfastes pour d’autres. C’est injuste: les bénéfices vont à la population des pays riches et les maux à celle des pays en voie de développement. Pour être précis, les hommes causent le changement climatique et en souffrent: voilà le véritable sujet éthique.

Vous dites que presque chaque acte de la vie quotidienne provoque des émissions. Est-il réaliste de penser que le changement climatique aurait pu être évité ?
Le climat a toujours changé. La nouveauté, c’est la forte influence de l’humain: depuis 200 ans, nous émettons plus de gaz à effet de serre que jamais auparavant. Accumulés dans l’atmosphère, ils ont changé le climat. Ils sont dus notamment à l’augmentation de la population, à la dépendance aux combustibles fossiles et à la déforestation.

Si le Sud avait le même niveau de développement que le Nord, les répercussions y seraient-elles moins visibles ?
En fait, même si le Sud polluait autant que le Nord, il continuerait d’être frappé plus fortement. Parce qu’il est plus dépendant de l’agriculture, localisé dans des zones géographiques où il fait déjà chaud, et a moins de moyens pour s’adapter au changement.

Pourquoi tant de gens semblent se désintéresser de ce sujet ?
Le changement climatique est très lent. Pour beaucoup, ce processus, dans lequel nous ne représentons qu’une infime partie, semble trop grand. Par ailleurs, lutter contre le changement climatique signifie changer en partie notre façon de vivre et cela semble effrayant. Mais s’attaquer au changement climatique ne signifie pas revenir à l’âge de pierre ! En étant seulement disposés à investir la croissance future de nos économies pour les transformer en des économies saines – à la place d’acheter toujours plus de gadgets – le problème du climat serait plus ou moins résolu. Nous n’avons même pas besoin d’abandonner quoi que ce soit. Hélas, l’urgence de consommer semble trop puissante.

Comment parvenir à une prise de conscience  ?
Ma réponse sera banale : par chacun de nous. Personne ne le dit mieux que le psychologue Daniel Gilbert dans le LA Times: «Bien que toutes les sociétés aient des règles morales concernant la nourriture ou le sexe, personne n’en a concernant le climat atmosphérique. Nous sommes outragés de chaque non-respect de protocole, excepté celui de Kyoto. Oui, le réchauffement climatique est mauvais, mais cela ne nous rend pas énervé ou et nous ne nous sentons pas appelés à combattre contre de la même manière que pour d’autres thématiques. Le fait est que si le changement climatique était causé par l’homosexualité ou par le fait de manger des chatons, des millions de protestataires se réuniraient dans les rues.»

Ce qui motive à l’action ne devrait pas être l’intérêt personnel mais l’amour pour la création et son créateur. Pour certains, l’amour semble un trop grand mot, mais il peut simplement signifier le fait de ne pas faire de mal aux autres. Pour l’Occident, cela implique notamment d’apprendre à être satisfait du standard de vie acquis.

En quoi l’amour est-il une réponse ?
Nous ne sommes pas habitués à vivre dans un monde où nos actions ont des répercussions sur les gens que nous ne rencontrons pas. Nous devons apprendre à prendre soin de ces gens même si la distance nous sépare. Quand Jésus raconte la parabole du bon samaritain, la conclusion est que mon «prochain» n’est pas nécessairement la personne de qui je suis le plus proche physiquement, ou culturellement. C’est exactement le type de pensée que nous devons avoir pour résoudre le défi climatique.

Quelles sont les difficultés politiques de la prise en compte du changement climatique ?
L’un des grands défis se trouve dans le besoin de travailler ensemble. Au cours de l’Histoire, bien peu de thèmes ont nécessité à ce point une coopération globale. Compte tenu du fait que les instances politiques mondiales ne sont pas prêtes à prendre en main cette tâche, il revient à chacun individuellement de créer ces institutions et de commencer à réduire nos émissions, même en l’absence d’une réponse politique globale. Actuellement, tout le monde attend que les autres agissent en premier. Tout le monde est effrayé de se charger d’une large et injuste part des efforts en réduisant ses émissions, sans avoir l’assurance que les autres feront de même. C’est dommage. Pourquoi n’allons-nous pas courageusement de l’avant ?

A quoi pourrait ressembler une bonne politique du climat ?
La caractéristique d’une bonne politique du climat serait la possibilité pour les pays en voie de développement de continuer à croître sans détruire le climat. Cela nécessite un investissement dans des technologies propres. Le Nord a eu l’opportunité de se développer sur la base de l’énergie fossile. Le Sud n’a pas cette possibilité, à moins de ruiner totalement la planète. Un partenariat entre le Nord et le Sud dans lequel le Sud grandit économiquement et le Nord fournit la technologie nécessaire pour le faire sans polluer est donc l’élément clé d’un futur accord sur le climat.

Dominic Roser était l’un des orateurs principaux de la conférence Stop Pauvreté qui a eu lieu à Bienne le 18 octobre.

Paru dans le Christianisme Aujourd’hui, novembre 2014

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