Chaque année, un ménage de quatre personnes jette environ 2000 francs de nourriture. Le point sur la question du gaspillage alimentaire en Suisse avec Barbara Pfenniger, responsable alimentation à la Fédération romande des consommateurs (FRC), présente à la Session fédérale des Jeunes, à Berne, le 13 novembre.

Barbara Pfenniger
Barbara Pfenniger, responsable alimentation à la Fédération romande des consommateurs (FRC). Photo: © Ice Graf Fotographie

PROPOS RECUEILLIS PAR JOELLE MISSON ET ALEXANDRE BABIN

Qu’est-ce que vous appelez «gaspillage alimentaire»?
Nous avons plusieurs critères. Les deux principaux sont les suivants: sont gaspillés tous les aliments jetés alors qu’ils étaient encore bons, ainsi que tous les aliments perdus car périmés mais que l’on aurait pu manger avant. Par exemple si l’on a acheté trop de salade et que l’on n’a pas réussi à tout consommer avant qu’elle ne flétrisse.

Quelle est la situation en Suisse ?
L’Office fédéral de l’agriculture estime que chaque suisse gaspille 94kg par année. Mais le WWF parle de 117kg et l’analyse des poubelles par l’Office fédéral de l’environnement a plutôt donné une échelle de 5 à 55 kg par personne (selon les communes). Cette dernière a aussi montré que 15% des déchets ménagers sont des aliments qui auraient pu être consommés.

La Suisse est-elle mauvaise élève en matière de gaspillage alimentaire ?
Je ne dirai pas qu’elle est mauvaise élève, car chaque pays est différent. Chez nous, il y a deux sortes de gaspillages alimentaires principaux. Celui lié à la production: par exemple en ce qui concerne des denrées pas aux normes. Ou cette année, à cause du climat, le blé a germé et n’était pas utilisable pour faire du pain. Sinon, en Suisse, il y a beaucoup de gaspillage de la part des consommateurs. Ils sont responsables de 40 à 50% des denrées jetées.

Pourquoi les gens jettent-ils autant ?
Il y a plusieurs raisons: parfois on achète trop et on n’a pas le temps de tout manger avant que cela ne pourrisse. Le take-away engendre également beaucoup de pertes car les portions sont toutes faites et ne sont pas forcément appropriées à la personne.

Les jeunes sont-ils assez sensibilisés à cette problématique selon vous ?
Il y a de tout. Ici à la Session des jeunes, ils sont sensibilisés. Mais un sondage a montré que de manière générale les jeunes géraient moins bien ce qui se rapporte aux dates limites de consommation. La personne qui ne fait pas à manger (un jeune en âge scolaire par exemple) se rend moins compte de ces questions. De plus, il n’y a pas la même perte si l’on fait à manger pour une personne que pour cinq: de ce fait on acquiert moins l’expérience de la quantité réellement mangée.

Les jeunes sont-ils principalement visés au niveau de la sensibilisation ?
Il est logique de parler aux jeunes mais tout le monde est concerné. Ce qui importe c’est de ne pas avoir un discours culpabilisant. Nous invitons les gens à prendre ce pouvoir dont ils disposent déjà; utiliser leurs sens pour se rendre compte si un aliment est bon à manger, et trouver des solutions créatives pour utiliser les restes par exemple.


« Les consommateurs se fient énormément à la date inscrite sur l’emballage »
En réalité, il y a deux sortes d’indications: la première est la date limite de consommation (DLC). Il faut s’y tenir pour tout ce qui concerne la viande ou le poisson. Pour les yoghurts ou les fromages, des tests ont montré que la plupart étaient encore bons plusieurs semaines après la date limite.
La deuxième indication, «A consommer de préférence avant le», est un indicateur de qualité. Une fois la date dépassée, le produit peut tout à fait encore se manger. La FRC encourage les consommateurs à se fier à leur cinq sens: regarder si l’emballage est intact, observer l’aliment, le sentir, le goûter. Si tout est ok, on peut le manger. Pour Barbara Pfenniger, si l’on a perdu cette «faculté» à discerner si un produit est consommable c’est parce que «l’industrie alimentaire et l’augmentation des produits transformés ont éloigné le consommateur de la production. Cela devient quelque chose d’abstrait et alors il est plus facile de se fier à quelque chose d’écrit noir sur blanc.»
Article publié sur Tink.ch
 
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