UKRAINE – La Suisse et l’Ukraine se ressemblent plus qu’on ne le croit. Pourtant, ici, tout semble bien fonctionner. Le modèle politique helvétique serait-il la clé de la résolution du conflit ukrainien ? Entretien avec Bernhard Waldmann, directeur du Centre national de Fédéralisme à Fribourg.

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Berhnard Waldmann est le directeur du Centre national de Fédéralisme à Fribourg

Quelque 1720 kilomètres séparent la Ville fédérale de Kiev, la capitale ukrainienne. Pourtant, ces deux pays présentent des similitudes insoupçonnées : une tension entre différents groupes linguistiques, une population multiculturelle et multireligieuse. Et tous deux semblent partagés par la question européenne. Cependant, dans notre calme Helvétie, rien ne paraît. La Suisse, plus ancien pays fédéral existant, détiendrait-elle la solution ? Car si la Crimée semble déjà aux mains de la Russie et que Kiev a signé un accord avec l’Union Européenne le 21 mars dernier, certains craignent les ambitions de Moscou quant à l’Est de l’Ukraine.

M. Waldmann, le fédéralisme suisse est-il la solution au conflit ukrainien ?

Un état fédéral est toujours une bonne solution pour unir une population hétérogène. Mais il faut faire attention avec l’exportation d’un modèle. Il existe une trentaine d’Etats fédérés dans le monde mais aucun n’est identique. Au sein d’une population aussi variée qu’en Ukraine, un système central engendre forcément le risque d’une séparation, surtout s’il ne respecte pas les minorités. Décentraliser le pouvoir est aussi une façon de rester un Etat central tout en possédant des départements autonomes, comme c’est le cas en France.

Quelles sont les conditions à l’élaboration d’un système fédéral ?

Le fédéralisme est un concept abstrait, pour exister, il doit être vécu et présent dans les esprits de la population et des autorités. Il ne suffit pas de dire «nous sommes un état fédéral» sur le papier, pour l’être. L’application d’un tel système demande des efforts car il s’agit de créer un deuxième niveau de pouvoir avec des compétences propres. Cela nécessite de définir les tâches de chaque niveau d’autorité ainsi que leur autonomie. Le danger en Ukraine serait de vouloir créer un Etat fédéral constitué de deux groupes, en fonction de la langue parlée. Avec seulement deux entités représentées, on risque de marquer la frontière ethnique ou linguistique exactement à l’endroit où elle se manifeste, ce qui représenterait une erreur. Il faudrait au moins une troisième entité.

Avez-vous des exemples ?

La Belgique est l’exemple typique. Cet Etat fédéral a, selon moi, mal résolu ses tensions internes en séparant ses régions à la frontière des langues. Le modèle suisse se distingue sur ce plan: nos frontières passent au milieu des groupes linguistiques et culturels, créant un pont entre les communautés.

Comme l’Ukraine, la Suisse est divisée sur la question européenne. Risque-t-on de voir arriver une crise interne chez nous ?

La Suisse a une longue tradition d’Etat fédéral. Je ne m’inquiète pas: nous avons aussi des problèmes mais nous fonctionnons bien. Le Röstigraben est une exagération des journalistes. La question de l’Union Européenne ne détruira pas le système suisse.

 

 

Publié sur Tink.ch le 26 mars.

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