LAICITE – Le Conseil d’Etat genevois a chargé une Commission d’étudier la laïcité. Membre de cette Commission, Michel Grandjean, professeur d’histoire du christianisme à l’Université de Genève, paroissien de l’Eglise protestante et spécialiste de la laïcité, explique les buts poursuivis. Un rapport sera rendu en septembre.

13 fév A
Michel Grandjean, professeur d’histoire du christianisme et spécialiste de la laïcité fait partie de la commission chargée d’étudier la laïcité à Genève

Pourquoi cette commission a-t-elle été mandatée?

L’an dernier, le peuple genevois a voté une nouvelle Constitution qui définit pour la première fois le can- ton comme «laïque». Ce mot n’appa- raissait pas avant, bien que la séparation de l’Etat et des religions y soit effective depuis 1907. L’article 3 mentionne: «Les autorités entretiennent des relations avec les communautés religieuses». La Commission étudiera la nouvelle Constitution, essaiera de passer en revue les actuelles relations entre Etat et communautés religieuses et de (re)définir leurs relations. Si nous constations des lois enfreignant les fondements de la laïcité, nous devrions le faire remarquer.

Quels sont ces fondements?

La laïcité est un concept multiple, mais trois critères doivent être vérifiés pour pouvoir parler de laïcité. Premièrement, la liberté de conscience, de croyance et d’exercice du culte en communauté doit être garantie. Un Etat anti-religieux n’est pas laïque. Ensuite, le pouvoir politique doit être neutre vis-à-vis des expressions religieuses et cultuelles, sans défendre une religion parmi d’autres ou avoir des rapports privilégiés avec l’une d’elles. Enfin, il ne doit pas y avoir de discrimination, ce qui serait le cas s’il finançait le culte d’une religion mais non d’une autre. Vu qu’il est impossible de financer tous les cultes, un Etat laïque ne verse pas d’argent pour les cultes.

Quelles relations sont donc possibles?Deux exemples. Premièrement, l’Etat ne finance pas les cultes et les ministres, mais nous pouvons envisager des soutiens ou subventions pour les activités sociales ou culturelles exercées par les communautés. Deuxièmement, l’entretien des bâtiments religieux, actuellement à la charge des institu- tions, devrait relever du patrimoine et revenir à l’Etat. Faute de quoi ils se délabreront, car les communautés manquent d’argent.

 

Quel est votre objectif?

 

La laïcité est le seul moyen de vivre avec tant de cultures et reli- gions différentes, et l’Etat doit assurer la cohésion sociale, synonyme de paix. S’il n’y avait qu’une seule religion, nous ne parlerions pas de laïcité. Sans me prononcer au nom de la Commission, je souhaite valoriser la vision positive de la laïcité, qui n’est ni anti-cléricale, ni anti-religieuse.

 

Publié dans le Christianisme Aujourd’hui du mois de mars 2014

 

 

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